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Exclusivité IranWire: La version officielle de l'assassinat du scientifique est "un mensonge", selon d'anciens hauts fonctionnaires.

novembre 16, 2020
Lecture de 6 minutes
Les funérailles du grand scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh se sont déroulées lundi 30 novembre à Téhéran.
Les funérailles du grand scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh se sont déroulées lundi 30 novembre à Téhéran.
Selon des médias officiels iraniens, Mohsen  Fakhrizadeh aurait été tué par une arme télécommandée israélienne – une affirmation démentie par deux anciens hauts fonctionnaires.
Selon des médias officiels iraniens, Mohsen Fakhrizadeh aurait été tué par une arme télécommandée israélienne – une affirmation démentie par deux anciens hauts fonctionnaires.
Lundi 30 novembre, le ministre israélien du renseignement, Eli Cohen, a déclaré qu'il ignorait qui avait perpétré l'attaque.
Lundi 30 novembre, le ministre israélien du renseignement, Eli Cohen, a déclaré qu'il ignorait qui avait perpétré l'attaque.

Lundi 30 novembre 2020

Deux hauts fonctionnaires iraniens à la retraite ont déclaré à IranWire que la dernière version de l’assassinat de Mohsen Fakhrizadeh était « un mensonge ». Vendredi dernier,  l’éminent scientifique nucléaire aurait été attaqué par une arme télécommandée et serait sorti de sa voiture pour vérifier l'état de sa femme après les premiers coups de feu. Selon ces deux sources bien informées, ce scénario est « invraisemblable ».

Ces déclarations nous sont parvenues le jour même où la branche anglophone de Press TV, un média contrôlé par le gouvernement iranien, rapportait que l'arme utilisée dans l'assassinat de Mohsen Fakhrizadeh aurait été « fabriquée en Israël ».

Au milieu de ce déluge de récits divergents et de spéculations sur le meurtre, le ministre israélien du renseignement, Eli Cohen, a déclaré sur une station de radio britannique qu'il ignorait qui était responsable de la mort de Fakhrizadeh.

***

Deux anciens hauts fonctionnaires iraniens, qui ont demandé à rester anonymes, ont déclaré à IranWire que le récit officiel de l'assassinat de Mohsen Fakhrizadeh était « un mensonge ».

Mohsen Fakhrizadeh était l'une des principales figures du programme nucléaire iranien. Il a été assassiné vendredi 27 novembre après que sa voiture a été prise en embuscade à Absard, dans le comté de Damavand, à environ 80 kilomètres à l'est de Téhéran.

Au cours du week-end, les médias officiels iraniens ont répété que les coups de feu initialement tirés sur la voiture de Fakhrizadeh provenaient d’une mitrailleuse télécommandée montée sur une camionnette Nissan. Le véhicule, équipé d’un mécanisme d’autodestruction, aurait ensuite explosé. Les informations officielles ont également précisé que Fakhrizadeh serait sorti de sa voiture pour vérifier l’état de sa femme, avant d'être abattu.

L’attaque n’a pas encore été revendiquée. Mais plusieurs responsables iraniens, dont le Président Hassan Rohani, ont ouvertement accusé Israël et ont annoncé que l'Iran riposterait « le moment venu ».

Les deux anciens hauts fonctionnaires iraniens qui se sont entretenus avec IranWire ont déclaré que depuis 40 ans, l'une des premières règles de sécurité enseignée aux employés du gouvernement iranien était de « ne jamais sortir de la voiture ». L’un d’ux a précisé que « Tous les fonctionnaires du gouvernement et en particulier les hauts gradés, apprennent dès leur première formation à ne jamais sortir de la voiture lors d'un accident ou s’ils entendent une explosion – sauf si celle-ci a lieu à l’intérieur de la voiture, s’il y a de la fumée ou une odeur inhabituelle dans l’habitacle. » 

Ces mesures sont en place depuis le début des années 1980, lorsque l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI) et d’autres groupes ciblaient des fonctionnaires de la République islamique. « La version officielle, selon laquelle il serait sorti de sa voiture après avoir entendu des coups de feu parce qu’il avait peur pour sa femme, est invraisemblable", a déclaré ce même interlocuteur. « Même s'il avait voulu sortir, ses gardes du corps l’en auraient empêché. »

« Toutes les forces de sécurité se rejettent la responsabilité et elles font courir l’idée ridicule que l'assassinat a été perpétré avec une arme automatique. Le vrai problème, c’est que la corruption gangrène le système en profondeur, et qu’il est très facile pour les Israéliens d'acheter quelques personnes pour un million de dollars et d’assassiner nos officiels. »

« Dans ce contexte, de nombreux agents du ministère du renseignement, pourtant dévoués et bien informés, baissent les bras et ne souhaitent même plus collaborer avec le système en tant que conseillers. »

D’après les informations d’IranWire, un grand nombre de personnes liées à Fakhrizadeh sont actuellement interrogées : ses collègues du ministère de la défense et de l'université Imam Hossein, les membres de leurs familles, les proches des officiers de l’armée, et de nombreux habitants de Damavand.

Des récits divergents et contradictoires

Lundi 30 novembre, le média iranien Press TV a publié un article à sensations sur le meurtre de Mohsen Fakhrizadeh. Citant une « source bien informée » mais non identifiée, l’article affirme que « l'arme retrouvée sur le lieu de l’attentat porte le logo et présente les caractéristiques techniques de l'industrie militaire israélienne ».

La veille, le ministère du renseignement avait annoncé « la découverte d'indices » sur l'assassinat. Mais aucun détail n’a été rendu public. 

Depuis vendredi dernier, différentes versions de l'assassinat de Fakhrizadeh ont été diffusées dans les médias iraniens. Dans la plus récente, Ali Shamkhani, secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale déclarait que les services de renseignement avaient reçu des « informations » selon lesquelles Fakhrizadeh aurait pu être la cible d'un « acte terroriste », dans un lieu précis. Or l’endroit indiqué correspond « exactement à celui où il a été livré au martyre », a-t-il précisé. 

« Ils [les services de renseignement] savaient qu'une opération allait être menée contre ce martyr, à cet endroit. Les renforts nécessaires avaient été apportés à son équipe de protection. Mais cette fois, l'ennemi a utilisé une nouvelle méthode, sophistiquée, et il a malheureusement atteint son objectif. » 

Shamkhani a également affirmé que l'opération était  « très complexe et réalisée avec du matériel électronique ». « Personne n'était présent sur les lieux », a-t-il ajouté. Il a également laissé entendre que l'Organisation des moudjahidines du peuple iranien [OMPI], Israël et le service de renseignement israélien, le Mossad, étaient derrière l'assassinat.

Dimanche soir, l’agence de presse Fars a relayé l’affirmation de Shamkhani selon laquelle l’attaque aurait été menée à distance : « Aucun agent humain n’était présent sur les lieux de l’assassinat et les tirs n’ont été effectués qu’avec des armes automatiques », soulignait le communiqué. 

Or le même jour, Fereydoun Abbasi Davani, un scientifique nucléaire, chef du comité de l'énergie du parlement iranien, a affirmé dans un discours que les assaillants avaient l'intention de tuer Mohsen Fakhrizadeh en faisant exploser une camionnette Nissan garée au bord de la route, mais qu’ils avaient finalement dû lui tirer dessus.

Une version encore différente et largement diffusée prétend que jusqu'à 12 personnes ont tiré sur l'équipe de sécurité juste après l'explosion. L'unité de protection d'Ansar al-Mahdi, qui est responsable de la sécurité des hauts fonctionnaires, n'a pas encore commenté l'attaque.

Le ministre israélien dit ne pas connaître les coupables

Selon les informations des médias officiels iraniens, la cérémonie funéraire de Fakhrizadeh s’est tenue lundi à Téhéran. Le ministre iranien de la défense, le général Amir Hatami, s’est engagé à poursuivre le travail de Mohsen Fakhrizadeh « avec force et célérité ». Il a également promis que la République islamique vengerait cet assassinat.

C'est le troisième incident en Iran ces derniers mois que les responsables iraniens imputent à Israël. Il y eut d’abord le bombardement de l'installation nucléaire de Natanz en juillet, puis, en novembre, l'assassinat du haut responsable d'Al-Qaïda Abu Muhammad al-Masri.

Avant la publication des révélations de Press TV, le ministre israélien du renseignement, Eli Cohen, s’était exprimé sur les ondes de 103 FM Radio, et avait affirmé ne pas savoir qui était responsable de l’attaque. Interrogé sur d’éventuelles représailles de l'Iran, il avait déclaré: « Nous avons la suprématie régionale du renseignement, nous sommes prêts, nous renforçons la vigilance là où c’est nécessaire ».

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