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Revue hebdomadaire de la censure: la BBC demande à l’ONU de protéger ses journalistes

décembre 8, 2020
Niloufar Rostami
Lecture de 8 minutes
Ruhollah Zam, le fondateur du site Web Amadnews et de la chaîne Telegram homonyme, a été exécuté le 12 décembre 2020.
Ruhollah Zam, le fondateur du site Web Amadnews et de la chaîne Telegram homonyme, a été exécuté le 12 décembre 2020.
Le 18 décembre, des journalistes du service persan de la BBC ont déposé un recours urgent auprès des experts de l'ONU, détaillant les menaces de mort qu’ils ont reçues.
Le 18 décembre, des journalistes du service persan de la BBC ont déposé un recours urgent auprès des experts de l'ONU, détaillant les menaces de mort qu’ils ont reçues.

Lundi 21 décembre 2020

Des journalistes de BBC Persian, le service en persan du média public britannique BBC, ont déclaré à des experts des Nations Unies qu'ils recevaient régulièrement des menaces de mort de la part d'agents iraniens, et qu'une campagne de harcèlement et d'intimidation s'était intensifiée cette année à leur encontre.

Le 18 décembre, les avocats  de ces journalistes ont déposé un recours urgent auprès de trois experts de l'ONU. Les documents font état de menaces de mort et d’autres tentatives d’harcèlement dont leurs clients seraient victimes, comme le gel de leurs avoirs et l'intimidation de leur famille.

Ce recours devant l'ONU survient quelques jours à peine après l'exécution, le 12 décembre, de Ruhollah Zam fondateur du site Internet Amadnews et de son extension sur le canal Telegram.

L’histoire de Ruhollah Zam est un tragique rappel des dangers auxquels sont confrontés les journalistes iraniens.

Les forces de sécurité iraniennes et les gardiens de la révolution mènent une politique de terreur à leur encontre : arrestations, harcèlement, intimidations, menaces, enlèvements et même assassinats, comme dans le cas de Ruhollah Zam. Qu'il réside à l'intérieur ou à l'extérieur du pays, aucun journaliste n'est à l'abri. Malgré des campagnes soutenues et des appels d'organisations internationales, de gouvernements et de militants, ces campagnes se poursuivent.

Michelle Stanistreet, secrétaire générale de l'Union nationale des journalistes au Royaume-Uni, s’est exprimée sur le recours déposé à l'ONU,  : « le journalisme n'est pas un crime. Le gouvernement iranien doit cesser de cibler les journalistes et leurs familles. Les autorités ne seront jamais efficaces dans leurs tentatives d'arrêter le journalisme de qualité ou des reportages réalisés dans l'intérêt du public. »

Les avocats des journalistes, Caoilfhionn Gallagher QC et Jennifer Robinson, de Doughty Street Chambers, ont appelé la communauté internationale à réagir : « Le fait que les journalistes de BBC Persian reçoivent des menaces de mort simplement pour avoir fait leur travail est très préoccupant. Ces menaces transfrontalières contre la vie et la sécurité des journalistes sont particulièrement effrayantes, à quelques jours de l’exécution par l’Iran du journaliste Ruhollah Zam. De nombreux autres journalistes de BBC Persian subissent d'autres formes de harcèlement systématique, dont le cyber-harcèlement, les menaces à leur encontre et à l'encontre de leur famille, et le gel de leurs avoirs. Nous appelons la communauté internationale à condamner ces menaces et ces actions avec la plus grande fermeté, et à prendre des mesures énergiques pour que les journalistes de BBC Persian puissent continuer d’informer sans crainte. »

Un correspondant de BBC Persian qui souhaite rester anonyme, a déclaré qu'il recevait régulièrement des messages menaçants sur Twitter, en particulier lorsqu'il rendait visite à sa famille résidant dans un pays voisin, avant l'épidémie de coronavirus. « Ils m'ont envoyé une photo de ma maison dans ce pays voisin et m'ont dit ‘’nous savons où vous êtes, prenez soin de vous.’’ ». Il a précisé qu'il était incapable d'identifier les auteurs des messages.

En 2017, la justice iranienne a empêché 152 employés de BBC Persian  d'effectuer des transactions financières ou de vendre, d'acquérir ou d'accéder à des actifs, y compris à des biens immobiliers, en Iran. Selon la BBC, les autorités iraniennes utilisaient ce moyen pour faire taire les journalistes.

Un an plus tard, en mars 2018, la BBC a annoncé que, pour la première fois de son histoire, elle allait demander à l'ONU de prendre des mesures pour protéger les droits de ses journalistes et de leurs familles. « Pour la première fois, la BBC prend la décision de faire appel aux Nations Unies. Nos tentatives pour persuader les autorités iraniennes de mettre fin à leur harcèlement ont été complètement infructueuses », a déclaré le directeur général de la BBC, Tony Hall. « En réalité, les mesures de punition collective à l’encontre des journalistes de BBC Persian et de leurs familles ont empiré ces neuf dernières années. »

En mars 2020, la présentatrice de BBC Persian, Rana Rahimpour, a fait part des menaces de mort et autres menaces qu'elle et sa famille avaient reçues, au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU.

Quelques mois à peine après ce recours à l'ONU, les menaces de mort ont repris.

Menaces contre d'autres journalistes installés à l'étranger

Les journalistes de BBC Persian ne sont pas les seuls intimidés par les agences de sécurité iraniennes. D’autres journalistes travaillant pour d'autres médias en persan basés à l'étranger, comme Radio Farda, Iran International TV ou Voice of America (VOA), ont également été visés. Ces derniers n’ont pas été en mesure d'identifier ceux qui se cachent derrière les menaces de mort, de violences et de vols de propriété, mais suspectent les autorités iraniennes d’être aux manettes de ces attaques.

Le 15 décembre dernier, Siamak Dehghanpour, un ancien présentateur de l'émission Ofoq de VOA, a posté un message sur twitter  explique que son père avait été interrogé par le passé et avait subi des pressions pour demander à son fils de quitter son métier.

Ce même journaliste a été menacé verbalement en Turquie où il s'était rendu visiter sa famille. « Il y a quelques années, en Iran, mon père a été convoqué à un interrogatoire et on lui a dit que je devrais soit quitter VOA, soit quitter l'émission, écrit-il. On a dit à mon père : ‘’la situation de Siamak n'est pas bonne pour la sécurité' de notre famille’’. »

Dehghanpour poursuit dans un second tweet : « Après des années d'absence, je suis allé en Turquie pour rendre visite à mon père malade. Une nuit dans un restaurant, deux personnes nous observaient. L'une d'entre elles s'est approché et a dit : ‘’Nous savons que vous n'êtes plus à la tête de l'émission, et c'est très bien’’. Puis il s'est tourné vers mon père et ma famille et leur a demandé : ‘’Où restez-vous? Pour combien de temps êtes-vous ici?’’ Nous avons répondu que nous rentrions ce soir-là, je l'ai remercié, et il est retourné à sa table. »

À la suite de la série de manifestations de novembre 2019 et du crash de l'avion d'Ukrainian International Airlines abattu par les gardiens de la révolution en janvier 2020, les menaces contre les journalistes travaillant dans des médias en langue persane basés à l'étranger se sont multipliées, probablement en raison de leur large couverture de ces événements.

Le 6 janvier 2020, quelques jours après l'assassinat du commandant de la Force Qods, Ghassem Soleimani, et deux jours avant la tragédie de l'avion, un article du journal britannique The Daily Express   rapportait que des agents du ministère iranien du Renseignement tentaient d'enlever des journalistes d'Iran International TV pour les ramener en Iran. Selon cet article, des agents auraient directement menacé un certain nombre de journalistes travaillant pour cette chaîne d'information indépendante basée au Royaume-Uni.

L’Iran a un long passif de kidnapping de personnalités de l’opposition ou de dissidents basés à l’étranger, et l’enlèvement de Ruhollah Zam par les gardiens de la révolution en Irak, en est l'exemple récent le plus médiatisé. Saeed Karimian, directeur de la chaîne Jam TV, a quant à lui été assassiné en Turquie en 2017. Avant cela, la famille de Karimian en Iran aurait été interrogée pour faire pression sur lui.

Ces derniers mois, plusieurs journalistes dont la présentatrice de BBC persian, Farnaz Ghazizadeh, le présentateur d'Iran International TV, Pouya Azizi, le producteur de l'émission humoristique Paradox, Kambiz Hosseini, ainsi que la journaliste de Marjan Television, Sanaz Ghazizadeh, ont tous déclaré sur les réseaux sociaux avoir été l'objet de menaces de mort et d'arrestation avec leur famille.

Une amende pour le conseiller de Hassan Rohani

En janvier 2020, plusieurs médias parmi lesquels des médias iraniens ont rapporté que Hessamoddin Ashena, conseiller du président Hassan Rohani et directeur du Centre d'études stratégiques, avait menacé des journalistes iraniens à l'étranger. « Les agents des médias en langue persane, nés en Iran, ne doivent pas participer à la guerre psychologique en cours suite à l’incident de l'avion ukrainien et ne pas coopérer avec des ennemis anti-iraniens », a-t-il tweeté après le crash du vol PS752 d'Ukrainian International Airlines un peu plus tôt ce mois là.

Ashena a été jugé le 22 novembre dernier pour ses menaces via twitter pour propagation de mensonges. L'affaire a été intentée contre lui par le responsable adjoint du département cyberespace du bureau du procureur général, et le chef du tribunal de la culture et des médias.

Ashena étant l'un des principaux conseillers de Rohani et un membre du gouvernement, son dossier a été examiné dans le cadre d'un procès pour crimes politiques et par un jury axé sur les crimes médiatiques et politiques. Il a été reconnu coupable.

Le 20 décembre, les médias locaux ont rapporté que sa condamnation avait été commuée en amende par la 9e chambre du tribunal pénal de la province de Téhéran. Le montant de l'amende n'a pas été rendu public.

Le conseiller du président aurait ainsi pu bénéficié de « la gentillesse islamique ». Ce ne fut pas le cas de Ruhollah Zam. Le journaliste avait couvert des manifestations et d'autres dossiers sensibles que le régime souhaitait garder secrets. Exécuté seulement quatre jours après la confirmation de sa condamnation à mort, sa demande pour un nouveau procès n’aura pas eu le temps d’aboutir.

 

 

 

 

 

 

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